Exposition photos « Contre-Plongeons (parisiens) » de Jordane Prestrot

Du 17 au 31 octobre 2014 se tient à l’Hôtel Georgette l’exposition du photographe alsacien Jordane Prestrot dont j’ai eu l’honneur d’écrire le texte de présentation.

(c) Jordane Prestrot

(c) Jordane Prestrot

Le Ciel vu de la Terre

 

« Tous les chemins vont vers la ville.
Du fond des brumes, Là-bas, avec tous ses étages
Et ses grands escaliers et leurs voyages
Jusques au ciel, vers de plus hauts étages,
Comme d’un rêve, elle s’exhume. »
Emile Verhaeren, La Ville in Campagnes Hallucinées (1893)

 

L’homme, lorsqu’il s’ennuie, enfile sa petite tenue de lèpres façon pyjama et construit sur des verticales avec du verre, de la pierre, du béton et de l’acier, ce qu’il pense être constitutif de son avenir. Très tranquillement, il appelle cela « ville » et, tout aussi sereinement, il s’émancipe de la campagne. Affublé des oripeaux arrogants autant qu’artificiels qu’il se tisse commodément, il convoque le pouvoir financier, les décisions politiques, la foi et les oppose, toujours plus haut, à ses racines. Ce sont les institutions qu’il braque contre les restes du monde, c’est la Tour de Babel du langage qu’il dresse contre Dieu, c’est sa maison aussi qu’il érige toujours plus haute contre ses origines plus horizontales. L’architecture est le cri de sa seconde naissance sociale, celle qu’il avale et régurgite : il s’en fait festin, en écrit les lois et s’y enferme. Jordane Prestrot choisit l’angle de la contre-plongée pour montrer l’humanité dans son absence et ainsi témoigner du paradoxe qu’est la solitude en milieu urbain. En effet, en prenant le parti de tronquer la perspective et de la symétriser au possible, le photographe questionne l’humanité pour mieux en dévoiler l’absurdité et l’arrogance. Saisie très exactement au milieu, la mélancolie s’invite en filigrane tant les villes semblent désertées, comme évidées de tout : personne ne regarde jamais par les fenêtres, le rire des enfants, s’ils existent, ne résonne sur rien, tout est calme, le temps s’est comme arrêté sur une absence d’âme. Ainsi, si les tumultes des campagnes ont bien été mangés par ceux des villes tentaculaires, l’homme s’est peu à peu enfermé dans cette solitude qu’il s’est lui-même fabriquée, tissant par-delà les métropoles géométriques une camisole implacable. Esseulé et noyé qu’il est dans la masse, il erre désormais dans ses guenilles, individualité solitaire parmi tant d’autres. Pris de remords, il accrochera bien alors sa petite tenue de lèpres sur un cintre pour finir d’attendre, sur le rebord d’un lit, que l’univers tombe avec lui.
Alban ORSINI
Octobre 2014
(c) Jordane Prestrot

(c) Jordane Prestrot

N’hésitez pas à vous y rendre.
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